Qui n’a jamais hésité devant son écran, un brin moite, le doigt suspendu au-dessus de la touche “e” en se demandant : “Ballade, balade… et si je faisais une faute sans le savoir ?” Eh oui, la langue française est pleine de chausse-trappes vicieuses qui se glissent dans nos phrases, même quand on croit dominer la grammaire comme Cyrano domptait la tirade. Voici cinq fautes de français que, statistiquement, 90% d’entre nous commettent sans même s’en rendre compte. Alors, prêts à réviser vos classiques ?
1. “Faire une balade… ou une ballade ?”: le piège à double L
Celui-ci a le don de faire perdre la tête («devenir chèvre», osons le dire) même à l’amoureux des mots le plus rigoureux. Très couramment, «balade» (la promenade) s’invite sur nos feuilles avec deux «l», vampirisée par son homophone «ballade» (le poème lyrique d’antan). L’explication est simple : la confusion date du Moyen Âge, à l’époque des troubadours, où «balader» signifiait à la fois chanter des ballades et, par extension, voyager de ville en ville. Mais, soyons clairs, votre dimanche après-midi au parc relève bien de la «balade» avec un seul «l». Petite astuce mnémotechnique : la promenade a moins de “l” donc vous dépensez moins d’énergie…
2. Parmi ou parmis : la vengeance du faux «s»
On le rencontre partout, ce «parmis» qui traîne sa consonne en trop ! Peut-être copie-t-on ici l’élégance feutrée de «hormis». Pourtant, c’est une erreur sournoise : selon la racine, «parmi» est construit à partir de «par» et «mi» (diminutif de «milieu»), et ne prend jamais de «s». Depuis la fin du Xe siècle, le mot signifie «par le milieu» ; il ne s’est jamais doté d’un «s». Voilà un argument imparable pour clouer le bec à tous les partisans du «parmis».
3. Cauchemard ou cauchemar : attention au «d» trompeur
Le «cauchemar» mérite notre sympathie, tant il subit une double peine : déjà porteur de mauvaises nuits, voilà qu’on lui colle un «d» final, sous prétexte qu’on connaît «cauchemarder». Mauvaise pioche ! Le mot n’en a jamais eu besoin pour nous faire frissonner. Il s’écrivait jadis «cauquemare», créé à partir du picard et du vieux français «chauchier», signifiant «presser». Ainsi, retenons-le une bonne fois : point de «d» pour le rêve perturbé.
4. Communicant ou communiquant ? L’énigme du «q» en balade
Communiquer, communiquant, communicant… Qui n’a pas été, un jour, tenté de sortir un «q» de trop ou trop peu de sa besace ? Jean Pruvost nous invite à la vigilance : si le verbe conservera fièrement son «q» dans toutes ses formes conjuguées («en communiquant»), il se transforme en nom ou adjectif avec un «c» : on parle bien d’une «porte communicante», de «vases communicants» ou d’un «grand communicant». C’est subtil, mais imparable.
- «Communiquant» : participe présent (verbe, avec «q»)
- «Communicant» : nom/adjectif (avec «c»)
5. L’envoi, l’oubli… et le «e» persécuté
Le «e» semble être la star tourmentée de l’orthographe française : amputé ou rajouté sans ménagement, il vacille dans des mots aussi courant que «envoi» (action d’envoyer) qu’on croise parfois affublé d’un «e». Même sort pour «oubli», parfois noté «oublie» par mimétisme avec la conjugaison du verbe. Et que dire de «il conclut», trop souvent transformé à tort en «il conclu» ? Ces fautes témoignent du difficile destin d’une voyelle qu’on aime visiblement maltraiter.
Pourquoi fait-on (toujours) ces fautes ?
Si ces coquilles s’invitent si souvent dans nos écrits, ce n’est pas faute d’avoir été corrigés – mille fois, parfois par de courageux enseignants de la vieille école, irremplaçables à bien des titres. La liste de ces erreurs paraît interminable : entre terminaisons flottantes, consonnes errantes et mauvaises influences linguistiques, impossible d’y couper… D’autant que, selon la source, la légèreté dans l’enseignement du français, la disparition de la lecture et la passion pour les écrans y seraient pour beaucoup. Les seniors ? Beaucoup moins concernés que les plus jeunes générations, paraît-il.
Mais attention ! Ce n’est pas un simple caprice de puriste : sans orthographe solide, les contre-sens fusent, les quiproquos se multiplient et il devient impossible de comprendre le moindre texte. D’où la nécessité d’avoir édicté des règles – parfois à la grande tristesse d’un certain Jules Ferry qui, à lire certains, doit en perdre le sommeil dans sa tombe.
Le mot de la fin : On a beau râler contre ces fautes récurrentes, elles révèlent surtout à quel point la langue française est précieuse et complexe. Gardons en tête que, même face à un smartphone presque omniscient, rien ne remplace quelques bons réflexes et un soupçon de vigilance. Et vous, combien de ces cinq fautes avez-vous déjà faites… à votre insu ?











