Ni viande ni alcool : pourquoi vous n’êtes plus invité au restaurant en France

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Ni viande ni alcool : pourquoi vous n’êtes plus invité au restaurant en France

Vous ne mangez pas de viande ? Vous refusez le moindre centilitre d’alcool ? Autant rester chez vous avec un paquet d’amandes et Netflix, car sur le territoire gastronomique français, l’aventure culinaire tient plutôt du parcours du combattant… ou du régime forcé. Petit récit d’un séjour en terre hostile pour l’estomac non-carnivore et sobre.

Bienvenue en France : la patrie de la viande… et du ballon

Dès l’atterrissage, le ton est donné. En quinze jours, j’ai laissé derrière moi douze kilos – à croire que la France avait décidé que je rentrerais allégé, prêt pour défiler lors de la Fashion Week. “Tu reviens de prison ?” s’est inquiétée ma compagne en découvrant ma silhouette affinée, la faute à un régime aussi varié qu’un buffet SNCF hors saison.

Le menu ?

  • Une demi-salade et un quartier de carotte
  • Trois paquets d’amandes (pour les protéines, on fait ce qu’on peut)

Chaque soir ou presque, j’ai ainsi affronté le même dilemme : dîner dehors, là où la viande règne en impératrice et l’alcool en fidèle écuyer. S’abstenir de ces deux piliers, c’est ne plus manger – ou alors picorer façon hamster stressé.

Heureusement, de temps à autre, un dos de saumon compatissant s’est présenté pour apaiser temporairement ma faim. Car, soyons honnête, si j’avais été vegan, je serais reparti en cercueil. Ou sur un fauteuil roulant, le corps tissé de perfusions vitaminées.

Invité au restaurant français : le marathon des buffets carnivores

Week-end salon du livre, trois repas organisés. Premier déjeuner :

  • Dos de saumon (ouf !) mais nageant dans une sauce au vin blanc. Dix minutes à écoper la moindre goutte avec des morceaux de pain.
  • Dessert : Charlotte au Cognac. Mon pain ayant tout absorbé tantôt, j’ai dû sacrifier ma part au voisin de table… qui s’est empressé de tout engloutir.
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Le soir venu, rebelote :

  • Huîtres en entrée (que j’ai boycottées, merci un traumatisme d’enfance tenace).
  • Vin servi abondamment mais refusé poliment (“Trop bu dans ma jeunesse, merci !”). Le serveur m’a examiné comme si j’avais demandé les secrets du sexe tantrique en piscine municipale.
  • Joue de bœuf en plat : regard intense entre elle et moi, vite avorté — incompatibilité totale. Sauvé par un flan de légumes avalé avec la ferveur d’un otage tout juste libéré.
  • Dessert : demi-poire marinée au vin de Bourgogne. Rien qu’à l’odeur j’ai failli tourner de l’œil. Rebelote : la poire pour mon voisin, encore un coup.

Le lendemain midi, la créativité explosive du buffet :

  • Tapas au chorizo, poulet, jambon de Bayonne, couille d’agneau (oui, vraiment), foie de grenouille, tendon de chèvre, rate de sanglier… Autant d’étapes manquées par votre serviteur.
  • Bâtonnets de carotte délicieux (paraît-il), à tel point que j’en ai mangé si fort que mon urine a viré orange deux jours durant.
  • Dessert ? Un fruit exotique mûri à l’alcool de prune. J’ai préféré un granola déterré du fond de mon sac à dos.

La carte : catalogue animalier… et alternatives faméliques

Le reste du séjour relève de la même poésie. Face à la carte de restaurant, un sentiment partagé entre peur et fatalisme. On ouvre le menu comme s’il pouvait déclencher une malédiction. La lecture ? Un condensé d’abattoir baptisé gastronomie nationale : poêlée d’escargots, terrine de foie gras, fricassée de coquilles Saint-Jacques noyées dans le Porto.

Au chapitre plat principal, défilé du bestiaire :

  • Coq au vin, côtes de bœuf, carré d’agneau et sa sauce à la bière.
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Heureusement, le poisson subsistait parfois (filet de sole)… mais toujours escorté d’un Grand Marnier aussi discret qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Résigné, je commandais donc un Perrier au citron vert, avec glaçon. Plus sûr, et ça fait couleur locale quand même.

Le triomphe de la salade et l’art de survivre en société

À la longue, ma survie n’a tenu qu’à : des salades. Beaucoup de salades. Les restaurateurs, face à ce type de clients considérés comme légèrement dégénérés, sortent leur botte secrète : un assortiment de légumes coupés à la machine, comme celles vendues pour trois fois rien au marché, qui finissent invariablement offertes à la belle-mère pour Noël.

Le résultat ? Un joli tableau :

  • Concombres découpés avec une précision chirurgicale
  • Torsades de carottes râpées
  • Lamelles de chou rouge fatigué
  • Trois feuilles de laitue pour décorer

On avale sans faire de bruit ni heurter la sensibilité des convives – et, pour récompenser sa discrétion, on vous laisse repartir… amaigri, mais sauf.

Moralité : en France, bannir à la fois viande et alcool, c’est choisir le régime express – et la solitude des repas. Mieux vaut emporter du granola et un solide sens de l’humour. Ou alors, réapprendre l’art délicat de picorer… avec élégance.

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