Situationship : cette “relation sans étiquette” qui fascine (ou dérange) nos amours
Entre l’amour, l’amitié et le grand flou : bienvenue dans la “zone grise”
Imaginez : être en couple… sans l’être vraiment. Voilà l’état d’esprit qui définit la « situationship ». Un terme mi-anglais mi-français – contraction éclairée entre « situation » et « relationship » (relation, vous suivez ?) – qui désigne ces relations dont les contours n’ont pas été clairement bordés par les deux partenaires.
On se situe donc à mi-chemin entre l’amitié et l’amour, un espace entre-deux, parfois qualifié de « zone grise ». C’est le royaume de la relation « sans prise de tête », où les règles sont flottantes, évolutives, parfois inexistantes. Et pour cause : dans une situationship, c’est la situation, plus que les personnes, qui décide de ce qu’il adviendra.
Pourquoi les jeunes remettent-ils en cause le couple traditionnel ?
À ceux qui trouvent tout cela déconcertant, Ondine Khayat, psychothérapeute et autrice, répond que cette tendance relationnelle s’ancre dans le refus de l’étiquette. « De plus en plus de gens évitent les étiquettes et remettent en question le concept de couple traditionnel. » Chacun vit l’instant présent, sans se projeter vers un hypothétique avenir commun.
Une démarche tout à fait séduisante pour celles et ceux qui veulent explorer les relations autrement, sans la pression des attentes ou du regard social. Être rangé dans une case ? Très peu pour eux : statut, relation, voire même sentiment amoureux, tout est mis en suspens. Et cela s’explique aussi par une difficulté des nouvelles générations à se projeter – que ce soit dans la sphère professionnelle ou amoureuse. Face à une société où les chiffres du divorce grimpent, où l’exemple parental ne fait plus rêver, beaucoup préfèrent « vivre avec ce qui se présente à eux », selon Ondine Khayat. Ils cherchent avant tout la liberté.
Le confinement, les angoisses écologiques, la sensation d’être remplaçable : autant d’éléments qui ont creusé un sentiment d’enfermement. Alors, faut-il vraiment se l’imposer aussi dans la sphère du cœur ? Pour nombre de jeunes, la réponse est non.
Dans la peau d’Éloïse : aventure contrôlée, liberté assurée ?
À 23 ans, Éloïse découvre l’univers des situationships avec Paul. Dès le début, c’est clair : aucun d’eux ne cherche à se mettre en couple. Pas d’étiquette, pas de discussion sérieuse sur la loyauté ou les concessions qui font parfois frissonner dans le mauvais sens du terme. « Quand on commence à évoquer le couple, on parle concessions et loyauté. Et c’est ce que je ne voulais surtout pas », se souvient-elle.
La beauté de la situationship, pour Éloïse, c’est la liberté. « Tu n’es pas enfermée. Ce qui me plaît, c’est qu’il n’y a aucune règle. C’est toi qui décides de ce que tu veux en faire. Contrairement au couple. »
Mais attention, pas de jungle anarchique pour autant. Le duo s’est donné des règles, notamment lorsqu’ils ont décidé d’avoir des rapports sexuels non protégés. À partir de là, ils ont parlé d’exclusivité… mais toujours sans se considérer en couple. Chacun resta prioritaire sur sa propre vie – la relation passait après.
Le revers de la médaille : du flou à la déception ?
Comme dans toute histoire humaine, rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Quand l’un des partenaires se rend compte que la formule ne lui convient plus, ou commence à ressentir davantage que l’autre, le château de cartes peut s’effondrer.
Sans une communication claire, la situationship peut vite se transformer en terrain miné et douloureux. « Beaucoup de personnes qui sont dans des relations non définies finissent par souffrir, notamment au moment de la rupture. Alors qu’en réalité, on ne peut pas vraiment parler de rupture puisqu’il n’y avait pas de relation », analyse Ondine Khayat. Chacun invente son mode relationnel, d’accord, mais il faut y mettre de l’amour et de la considération pour ne pas laisser de dégâts sur son passage.
Après quatre mois, Éloïse et Paul mettent un point final à leur duo improvisé. Ni l’un ni l’autre ne se voyaient ensemble pour de vrai dès le départ, mais la fin n’a pas été sans émotion. « J’étais triste parce que pour moi, ça s’apparentait à une rupture, mais ce n’en était pas vraiment une. En même temps, je savais que je ne me voyais pas avec lui. »
Un autre point délicat : la fréquence. « On se voyait trop souvent et je pense que ça a flouté la relation, » remarque Éloïse. À son avis, la situationship, viable surtout à court terme, supporte mal l’habitude ou la multiplicité. « Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas les enchaîner ou même en avoir plusieurs en même temps. Mais selon moi, chacune d’entre elles ne peut pas durer trop longtemps ou être trop fréquente. »
Et de conclure non sans humour : « Après, si j’avais eu l’homme de ma vie devant moi, peut-être que les choses auraient été différentes… »
- Dans la situationship, il n’y a pas de filet, mais la liberté a un prix.
- L’important, c’est de respecter l’autre et d’écouter ses propres limites, sans s’enfermer ni tricher avec ses émotions.
La situationship : entre tentation de liberté et crainte de l’étiquette, à chacun d’écrire ses règles… ou ses non-règles, mais sans oublier le respect, sous peine de voir la zone grise virer à l’orage.











