Voici pourquoi chercher à plaire vous dessert selon un psychologue
On a tous connu ce moment un peu gênant où l’un de nos amis lance discrètement sa ligne à la pêche… aux compliments. Ce geste si humain cache en réalité des enjeux sociaux bien moins anodins qu’il n’y paraît. Joachim Krueger, professeur en sciences cognitives, linguistiques et psychologiques, s’est penché sur ce phénomène aussi discret qu’agaceur. Et d’après lui, si chercher à plaire est fréquent, son efficacité laisse franchement à désirer !
Le humblebrag et la quête du compliment : mode d’emploi social
Les scientifiques ne sont pas franchement en ébullition sur le sujet : très peu d’études, et un flou certain quant aux retombées concrètes du fait de chercher à se faire complimenter. Néanmoins, Joachim Krueger relève quelques travaux intéressants, notamment sur le « humblebrag ». Pour ceux qui n’auraient jamais croisé ce cousin éloigné de la modestie, il s’agit de cette fausse humilité qui cache une envie (un peu voyante) de se vanter. Selon Sezer et ses collègues, ou encore les propres travaux de Krueger, le humblebrag reste une stratégie courante pour amener l’autre à nous lancer quelques fleurs (même si, avouons-le, ça ne sent pas toujours la rose !).
Dans la vie quotidienne, c’est souvent l’intuition populaire et l’expérience clinique qui prennent le relais. Le site WikiHow synthétise d’ailleurs ces observations, même si on reste ici dans le domaine du ressenti plus que celui de la preuve scientifique en béton.
Compliment sollicité : un jeu social… plein de fausses notes
Pourquoi donc sommes-nous tentés d’aller quémander des compliments, quitte à provoquer une gêne palpable chez l’autre ? Pour Krueger, cela relève d’un véritable jeu social ! Celui ou celle qui cherche à se faire complimenter n’est pas animé uniquement par l’insécurité (même si c’est un facteur important). Il s’agit d’une interaction où les intérêts de chacun ne s’alignent pas forcément.
- La personne qui sollicite un compliment souhaite être rassurée ou admirée.
- Celle qui doit répondre se retrouve dans une situation délicate : complimenter sincèrement, préciser qu’elle n’a rien remarqué d’exceptionnel… ou se taire.
Quel que soit le choix de la « cible », le coût social n’est jamais loin. Ignorer la demande, c’est risquer l’inaction mutuelle — un flop relationnel. Répondre, c’est risquer l’agacement, puisque fournir un compliment demande un véritable effort (non, ce n’est pas automatique, même devant une nouvelle coupe chez le coiffeur !). Petit à petit, les compliments finissent par sonner creux, par devenir des réflexes plus mécaniques qu’agréables. Et la personne sollicitée peut même finir par être irritée, voire frustrée.
Un compliment imposé ne vaut pas tripette
Il faut l’accepter : un compliment qui doit être arraché, quémandé ou imposé perd de sa saveur, selon Krueger. Dans un monde idéal, enveloppé de sérénité (avouons-le, ça nous fait rêver aussi), personne n’aurait jamais à demander ou à donner un compliment. Tout irait de soi, l’harmonie régnerait et la modestie serait la règle d’or.
Et la vraie humilité, alors ? Krueger et Grüning résument la posture idéale en une formule qui fait réfléchir : la modestie véritable n’attend rien de l’autre, ne sollicite pas. Elle vit et agit sans peser sur autrui pour obtenir validation ou flatterie.
D’un autre côté, chaque compliment donné demande une certaine implication, un petit pas vers l’autre. Si quelqu’un en fait une habitude – celle de tendre la perche pour recevoir des louanges – il impose, sans vraiment s’en rendre compte, une charge émotionnelle à la personne en face. Les compliments deviennent de moins en moins authentiques, de plus en plus contraints, et l’effet escompté s’inverse : on finit par agacer là où l’on souhaitait séduire.
- Un compliment n’a de valeur que s’il est spontané
- Il doit être donné volontairement, sans contrainte
- Le compliment sollicité finit par lasser, voire irriter
Conclusion : l’éloge du compliment sincère (et désintéressé)
À en croire Joachim Krueger, partir à la pêche aux compliments n’est pas seulement inefficace, c’est aussi contre-productif. L’interaction devient un jeu de dupes où chacun avance à reculons, lesté par le poids de la sollicitation. Pour que la magie du compliment opère pleinement, il faut laisser la spontanéité reprendre ses droits : un sourire sincère, une parole chaleureuse qui vient du cœur, plutôt qu’un « alors, tu ne remarques rien ? ». Au fond, les meilleures louanges sont celles qu’on ne demande pas. Humilité (vraie), authenticité et un brin de patience : voilà les clés d’un compliment qui fait vraiment du bien !












