Depuis que la série HPI bat tous les records sur TF1, les conversations entre parents ont pris une tournure bien particulière : « Mon enfant n’est pas très bon à l’école, c’est sûrement un HPI. » Cette phrase, on l’a tous entendue au détour d’un dîner ou d’un groupe WhatsApp de parents d’élèves. Mais d’après les experts, cette tendance à voir des “hauts potentiels” partout relève plus du fantasme collectif que de la réalité.
En France, seuls 2,3 % des enfants présentent un haut potentiel intellectuel, soit environ 200 000 sur l’ensemble du territoire. Pour entrer dans cette catégorie, il faut avoir un QI supérieur à 130, quand la moyenne se situe entre 90 et 110. Autant dire que statistiquement, la probabilité que votre petit dernier soit un surdoué est faible. C’est ce que rappelle Sandra Marconi sur le plateau de LCI : « On a tous entendu quelqu’un dire que son enfant est HPI. Mais ça n’est pas vrai dans 98 % des cas. »
Les enfants HPI existent, bien sûr. Prenez Lucie, 12 ans : elle a sauté quatre classes, parle cinq langues et joue du piano comme une virtuose. Des profils comme le sien impressionnent, mais ils sont rares. Pourtant, le succès de la série HPI a contribué à brouiller la perception du grand public. Beaucoup de parents confondent désormais intelligence vive, curiosité ou hypersensibilité avec un haut potentiel intellectuel reconnu.
Selon la psychologue Jeanne Siaud-Fachin, spécialiste du sujet, un enfant HPI se distingue par une forme d’intuition fulgurante : « Quand on a ce profil-là, on a un sixième sens. Ce sens de l’intuition très fort, de la fulgurance. Les sens assemblent à très grande vitesse les éléments de l’environnement pour comprendre, presque avec une forme de précognition. » Une description fascinante, certes, mais qui ne suffit pas à diagnostiquer un haut potentiel. Car le HPI, c’est avant tout une structure cognitive particulière, pas un simple trait de caractère.
Être HPI ne signifie pas forcément “réussir mieux”. Ces enfants peuvent même rencontrer des difficultés scolaires ou sociales, se sentir incompris ou s’ennuyer en classe. Le diagnostic ne doit donc pas être vu comme une étiquette flatteuse, mais comme un outil pour mieux comprendre leurs besoins et les accompagner.
Le problème, c’est que la “mode du HPI” pousse parfois à chercher des explications spectaculaires à des comportements ordinaires. Un enfant rêveur ? Il est distrait. Un enfant qui s’ennuie ? Peut-être qu’il connaît déjà le programme. Mais cela ne fait pas de lui un surdoué. Seul un bilan psychologique complet, réalisé par un professionnel avec des tests étalonnés (comme le WISC-V), peut confirmer ou non un haut potentiel.
Derrière cette tendance à “diagnostiquer” à tout-va se cache sans doute le souhait sincère des parents de comprendre leurs enfants, de leur éviter les échecs ou la souffrance scolaire. Pourtant, vouloir coller trop vite une étiquette peut être contre-productif. Un enfant qui grandit avec l’idée qu’il est différent, mais sans accompagnement adapté, peut en souffrir davantage.
Au fond, il serait temps de redonner un peu de mesure à tout cela. Non, tous les enfants ne sont pas HPI. Et heureusement, car l’intelligence ne se résume pas à un chiffre. Certains sont créatifs, d’autres intuitifs, d’autres encore persévérants ou dotés d’une grande intelligence émotionnelle. L’essentiel est ailleurs : dans la curiosité, l’envie d’apprendre et la confiance que l’on accorde à l’enfant.
Alors, avant de courir faire passer un test de QI, prenons peut-être un peu de recul. Car comme le rappelle souvent Jeanne Siaud-Fachin, la vraie richesse de l’enfance, c’est la diversité des talents. Et ça, aucun test ne peut vraiment le mesurer.












