Qui, dans une bande de potes, n’a jamais eu cette sensation d’être « à côté » ? Chez les adultes à haut potentiel intellectuel (HPI), cette impression d’être différent, un peu sur une autre longueur d’onde, n’est pas un mythe. C’est même un sujet secret, presque un code implicite qui rassemble les passionnés, bien décidés à cultiver leurs drôles de richesses.
Parler de sujets qui déroutent les autres
Pour les personnes HPI (dont le quotient intellectuel atteint ou dépasse 130), les discussions ont souvent une couleur particulière. Oubliez les « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » ou les débats météo ! Ici, on prend la tangente. D’après Arielle Adda, psychologue et auteure du livre « De l’enfant à l’adulte doué », ces grandes discussions existentialistes sont monnaie courante. Les HPI aiment se plonger dans des concepts très abstraits, du style la vie et la mort, et ce, parfois dès l’âge de six ans.
À cet âge où la plupart des enfants s’intéressent surtout à leurs billes ou à savoir qui pique le dernier gâteau, eux scrutent le sens de l’existence. Eh oui ! Cela peut paraître étrange, mais il s’agit bien d’un marqueur distinctif de ces personnalités. Ce penchant pour la réflexion profonde ne fait pourtant pas tout : un autre sujet revient presque toujours dans leurs échanges.
L’imaginaire, un territoire commun
Les discussions entre HPI se nourrissent régulièrement d’un autre carburant : l’imaginaire. Arielle Adda précise que ces échanges surgissent très souvent entre amis, sur des centres d’intérêt communs. Parmi eux, la lecture occupe une place de choix. Il ne s’agit pas d’un simple loisir, mais d’un véritable pont entre esprits avides de rêve et d’exploration.
Alors que le ministère de la Culture pointe que, chez les jeunes, un sur cinq ne lit jamais pour le plaisir, les jeunes HPI, eux, sont de véritables dévoreurs de livres. Le psychologue Georges Cognet note qu’ils apprennent souvent à lire plus tôt que la moyenne, investissant massivement cette passion. Pour eux, la lecture devient bien plus qu’un passe-temps :
- Elle est une porte d’entrée vers des mondes nouveaux.
- C’est un refuge, une façon d’éviter une réalité parfois pesante.
- C’est aussi un espace où ils laissent libre cours à leur imagination foisonnante.
Et bien sûr, cette passion se partage : ils se prêtent des ouvrages, en débattent, confrontent leurs points de vue. Bref, la lecture, c’est déjà tout un monde.
Des héros hors du commun, miroirs d’eux-mêmes
Ce qui attire le plus ces lecteurs assidus, ce ne sont pas seulement les histoires, mais bel et bien leurs héros. Comme le souligne Adda, les surdoués préfèrent nettement les récits où les personnages principaux se démarquent par leur force, leur courage, leur loyauté. Autant de qualités qui font écho à leurs propres valeurs et à ce sentiment d’être un peu « à part ».
Georges Cognet ajoute à ce propos que ces figures de fiction servent de miroirs intérieurs. Les HPI s’identifient à ces héros atypiques, courageux, loyaux… bref, tout ce qui compte énormément pour eux au quotidien. Résultat : ces personnages deviennent rapidement des repères, des référents, voire des compagnons de route.
Nul étonnement, donc, à ce que les jeunes HPI se prêtent mutuellement leurs coups de cœur littéraires. Cela crée un imaginaire commun, un terrain d’échanges privilégié, presque une petite société parallèle où les références s’entrecroisent et renforcent le sentiment d’appartenance.
Être adulte HPI : une passion qui ne s’étiole pas
Que deviendront ces lecteurs fascinés par des héros hors normes ? Beaucoup, devenus adultes, perpétuent cette passion. D’après Arielle Adda, ils continuent d’alimenter ce plaisir en rejoignant ou en créant des cercles de lecture, histoire de retrouver cet espace de partage et de discussions inspirées par leurs figures préférées.
La lecture et l’échange autour des héros ne sont toutefois pas l’apanage exclusif des HPI. Georges Cognet rappelle d’ailleurs : on retrouve aussi ce goût pour le refuge dans les livres chez tous ceux qui, quel que soit leur « potentiel », aiment s’évader par la littérature.
Au fond, que l’on soit HPI ou non, chacun peut puiser dans la lecture et l’imaginaire matière à se sentir moins seul, à trouver son espace un peu différent… Et, pourquoi pas, à rencontrer d’autres explorateurs du même monde parallèle.











