En voilà une innovation champêtre : Cline et Dimitri, jeunes Vendéens pleins de vie et de questionnements sur les traditions, ont choisi de tirer au sort leur nom de famille pour se marier. Laissez tomber la pièce montée, ouvrez les urnes : récit d’un “tirage” qui dépoussière les habitudes.
Quand le hasard fait bien les choses : une réflexion née d’une blague
Céline, 28 ans, et Dimitri, 30 ans, vivent une histoire qui sort déjà des sentiers battus. Après sept ans d’amour, trois à vagabonder en camping-car de saison en saison, les voilà fraîchement installés dans une maison vendéenne pour démarrer de nouveaux projets. Mais qui dit mariage, dit casse-tête du nom de famille. Au départ, l’équation semblait sans inconnue pour Dimitri : “Pour moi, la femme prenait automatiquement le nom de son mari. Il y avait une part d’ignorance et cette tradition est tellement ancrée que je n’avais pas cherché spécialement à la comprendre.”
C’était sans compter un petit grain de sable lancé lors d’une discussion avec le père de Dimitri. “Pour rigoler, je lui ai dit que Dimitri prendrait mon nom et pas l’inverse,” s’amuse Céline. Fou rire à la clé, en famille, et déblocage d’une réflexion sur la portée (et la pertinence) de la tradition. Les recherches s’enchaînent et, surprise : “On s’est rendu compte qu’il n’y a encore pas si longtemps, la femme tant qu’elle n’était pas mariée n’avait pas de droits et que pour accéder à certains droits, elle devait posséder le nom de son mari,” constate Céline. Dimitri poursuit : “On est en 2022, la femme n’a plus ce besoin de s’associer au nom de son mari pour pouvoir jouir de la société.”
Nom de famille : entre tradition, égalité et… petits papiers
Quitte à bouleverser la routine, Céline et Dimitri n’ont pas voulu se contenter du statu quo :
- Conserver chacun son nom ? “On aime quand même cette idée que dans le mariage, il devrait y avoir une sorte de ‘sacrifice’, un dévouement à cet amour et le fait que l’un de nous substitue son nom pour celui de l’autre,” explique Dimitri.
- Le double nom pour faire plaisir à tout le monde ? “Je trouvais cela imposant comme nom de famille et puis si on a des enfants, je ne voulais pas que, si un jour ils se marient, cela devienne un casse-tête pas possible,” répond Céline.
Alors ils ont sorti… les petits papiers. “On a fait un tirage au sort et il s’avère – et c’est une bonne chose – que c’est le nom de Céline qui est sorti !” s’exclame Dimitri, ravi. Une méthode ludique, mais pas dénuée de sens, qui leur a aussi permis de ménager leur entourage : “Même si j’ai une famille ouverte d’esprit, ça a été dur pour certains à entendre. Le poids des traditions est très lourd.”
Des réactions aussi variées que les prénoms invités au mariage
Dire que l’idée a fait des vagues est un euphémisme. Au menu : enthousiasme chez certains, réserves chez d’autres :
- “Mon beau-frère était aux anges, heureux, il voulait répandre la nouvelle au niveau national,” s’amuse Dimitri.
- “Beaucoup de femmes autour de nous étaient ravies.”
- Mais pour d’autres, la pilule a du mal à passer, “et elle n’est toujours pas passée,” glisse-t-il en riant jaune.
Le frein principal ? La crainte de voir se perdre la transmission du nom du mari, notamment en cas d’enfant. Comme le résume Céline : “Dans l’optique où nous aurions des enfants, le fait que le nom de Dimitri ne perdurerait pas à la génération suivante les dérangeait.”
Choix personnel ou acte militant ? Leur réponse
Mais pour le couple, pas question de transformer ce choix en manifeste politique : “On voulait simplement construire notre union sur des valeurs communes, comme la parité,” insiste Céline. “On commence notre mariage de la meilleure des façons en se laissant chacun la même chance de prendre le nom de l’autre.” La dimension féministe ? Céline la reconnait, mais de manière nuancée : “Pour moi, oui, mais plus dans l’idée que ce n’est pas le genre qui doit déterminer qui prend le nom de l’autre.” Dimitri, lui, préfère assumer son “anticonformisme”, sans vraiment s’étendre sur la définition du féminisme.
Ce qui compte, c’est que leur décision n’avait rien d’un défi lancé à leur entourage : “C’est un choix très personnel et qui n’avait pas du tout pour but de blesser qui que ce soit,” martèle Dimitri. “On sait qu’on est dans une société où les traditions sont très ancrées, depuis des millénaires, et ce n’est pas évident de changer le monde du jour au lendemain.”
Aujourd’hui musicien pour lui, illustratrice pour elle, ils espèrent surtout que cela inspirera d’autres couples à suivre leur propre voie : “Si ça peut permettre aux gens de savoir que c’est possible, on sera contents,” concluent-ils. Leur mariage ? “Très intime et familial, simple et champêtre, dans la belle campagne vendéenne.” Comme quoi, le hasard fait parfois très bien les choses…











